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  #256  
Vieux 11/08/2014, 21h10
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simple. efficace. encore une fois bien écrit. On est bien pris dans ta nouvelle à laquelle tu arrives à donner rapidement un background intéressant.
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  #257  
Vieux 11/08/2014, 21h29
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Merci beaucoup.
Le lien avec la précédente est-il suffisamment clair ?
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  #258  
Vieux 12/08/2014, 10h39
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Le lien avec la précédente est-il suffisamment clair ?
Bon j'ai lu à nouveau ta précédente nouvelle (qui datait un peu). Au passage je la trouve toujours aussi bien. Je n'ai pas trouvé le lien entre les deux si évident que celà.
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  #259  
Vieux 12/08/2014, 10h48
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La Corporation à l'origine des deux intrigues est la même.
Bon, ça reste un clin d'oeil, mais j'ai envie de travailler un peu sur plusieurs petites histoires étranges liées à cette entreprise.

Merci en tout cas.
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  #260  
Vieux 13/08/2014, 21h32
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Hop, je suis en vacances, j'aime les histoires de monstres, je suis inspiré.
Bonne lecture aux courageux.

La Marque

Il n'existe pas qu'une seule Terre - des dizaines, des centaines de mondes parallèles coexistent entre les dimensions dans le Multiverse.
Certains se ressemblent, d'autres n'ont rien en commun ; certains n'existent plus, certains viennent à peine de faire naître la Vie.

Seuls quelques êtres peuvent voyager entre les dimensions et les visiters.
Les Liktalzzz, un peuple de créatures qui oeuvrent à l'annihilation de tout être vivant, peuvent glisser de monde en monde quand des fenêtres apparaissent sur leur planète, l'Anté-Monde.
Lord Corlatius, à contrario, lutte contre les Liktalzzz dans chaque dimension, se téléportant à sa guise et changeant d'hôte pour abriter son âme, le seul élément qui lui reste de son premier corps - celui du Roi des Liktalzzz, qui fut renversé par un coup d'Etat destructeur.

Jusqu'à présent, Lord Corlatius menait un combat secret contre son peuple, évitant de trouver des alliés par crainte des trahisons et des échecs.
Jusqu'à présent.

*

Les mains de l'homme s'agrippent à son poignet dans un geste désespéré. Ils pèsent, de tout leur poids, pour lui faire lâche prise, mais la lame s'enfonce encore un peu plus dans le torse. Un grognement de douleur, un râle de colère s'échappent de sa gorge alors que ses doigts relâchent lentement leur étreinte.
Ses poumons sifflent, ses yeux vrillent dans leurs orbites et il tente de formuler quelques mots d'agonie ; en vain. Il décède quelques secondes plus tard, une plaie béante et sanguinolente à son torse.

Elle pose son pied sur les jambes de l'homme, puis arrache son épée dans un grognement. Avec des gestes lents, elle essuie la lame sur les cheveux de sa victime, avant de la ranger dans le foureau à son flanc droit. Elle craque ensuite sa nuque, et lâche un petit soupir de satisfaction ; cette douleur la lançait depuis quelques minutes déjà.

Les talons de ses longues bottes en cuir claquent sur le sol sale et humide de ce sous-sol abandonné, recouvert d'immondices et de meubles éventrés. Elle n'a plus aucun regard pour le cadavre à ses pieds, et s'en détourne en faisant voler sa longue cape sombre derrière elle.

Dans la faible lumière de la lune, qui passe par un soupirail à quelques mètres au-dessus d'elle, elle s'avance vers l'escalier à moitié détruit par un obus, plusieurs années plus tôt. Ses mains gantées s'agrippent à la rambarde quasiment brisée, et elle saute au-dessus des marches détruites pour parvenir, après quelques secondes, sur le rez-de-chaussée du monastère abandonné.

Bien des années plus tôt, ce lieu a été l'ultime refuge d'une poche de survivants, repoussée dans ses limites par une terrible percée de la Nation Noire. Après plusieurs jours d'une résistance héroïque, les portes en argent ont cédé, libérant une horde de lycanthropes et de vampires qui s'acharnèrent sur les hommes, les femmes et les enfants qui espéraient un salut inaccessible.
Le monastère a été depuis abandonné, mais récupéré récemment par sa victime, un Capitaine de la Nation Noire, seul survivant d'une attaque surprise d'une autre poche de résistance. Il espérait faire de ce monastère sa nouvelle base, utiliser sa Magie pour créer un nouveau bataillon de soldats-zombies ; elle l'en a empêché juste à temps.

Elle s'avance dans les longs couloirs détruits du bâtiment, évitant les gravats et les rats, qui se précipitent vers le corps encore chaud du Capitaine. Une sorte de sixième sens, de conscience de masse, les pousse à rejoindre leur futur festin, et elle ne peut retenir une grimace de dégoût ; pauvres petites créatures, obligées de se sustenter à une source aussi maléfique.

Elle est proche de la sortie, quand son ouïe habituée à relever le moindre bruit stoppe son avancée ; il y a quelque chose, non loin d'ici.
Elle se tourne, une main sur le pommeau de son épée, une autre sur la crosse de son arme à feu, située sur son autre flanc. Ses yeux sombres plissent dans l'obscurité, essayant de devenir un ennemi dans les ombres ; il n'y a rien, ici. Pour le moment.

Avec des pas rapides et discrets, elle s'approche de la zone du bruit. Elle s'accroupit, roule sur le sol et sort ses armes, prête à trancher et à faire feu, même s'il ne s'agit pas d'un ennemi. Dans son monde, il n'y a pas d'allié, juste des menaces plus moins prioritaires ; quiconque l'observe et l'espionne mérite de mourir.

Mais il n'y a toujours rien, dans ce qui semble être un couloir abandonné et bouché par l'éboulement d'un mur.
Elle se relève lentement, tenant toujours ses armes. Ses yeux vont et viennent partout, cherchant une menace, un indice sur l'origine du bruit. Elle ne peut laisser un tel mystère ici : il peut s'agir d'un animal, ou d'un soldat-zombie finalement ressuscité par le Capitaine. Il lui est impossible de laisser une telle créature errer dans la campagne, et se livrer à ses basses besognes.

Finalement, après quelques secondes d'observation, elle découvre une plaque de métal placée devant une sorte de renfoncement, qu'aucun éboulement naturel n'aurait pu glisser ici. Avec des gestes lents, sûrs, elle s'en approche et arrache la plaque avec une main, menaçant l'intérieur avec son arme à feu avec l'autre. Ce qu'elle découvre à l'intérieur révèle une sensation qu'elle n'avait plus croisée depuis longtemps : la surprise.

"Pi… pitié…"
Une voix fluette murmure ces quelques syllabes. Une voix d'enfant.
"Hum. Sors de là."
Son ton est dur, autoritaire. Elle a failli appuyer sur la gâchette, mais s'est retenue à temps en découvrant la fine silhouette d'une enfant mal nourrie, mal habillée, mal soignée. Elle a six/sept ans, ses cheveux blonds sont recouverts de crasse et ont été mal coupés ; sa robe colle à sa peau, et est rapiécée à trop d'endroits pour identifier sa couleur initiale. Vu sa terreur, vu son état général, et vu les pleurs séchés sur son visage, elle est là depuis quelques jours déjà.
"Donne-moi ton nom et ton ascendance, enfant."
Elle rampe sur la crasse et les débris, de nouvelles larmes coulant à nouveau sur ses joues. Sa respiration est difficile, et elle lui laisse quelques secondes avant de reprendre.
"Parle, si tu veux vivre."
Elle n'a que reculé, ses armes sont toujours pointées vers l'enfant.
"Je… Luna… je m'appelle Luna…"
Elle acquiesce, mais menacent encore la petite.
"Mon… mon ascendance… mon ascendance est Louve."
Le courage et la fierté se lisent dans cette déclaration. L'ascendance est le bien le plus précieux d'un être : au-delà de sa famille, de son sang, il s'agit des valeurs, des faits de gloire et de l'historique même de son clan et de ceux qui l'ont élevé. Louve est une ascendance sûre, mais elle n'explique pas sa présence ici.
"Que fais-tu en ce lieu ?"
Sa voix est toujours sèche. Elle a encore reculé, pour laisser à l'enfant la possibilité de se relever.
"Je… ma famille a voulu… résister… nous sommes venus ici, parce que Père savait que le lien était abandonné… mais le premier soir, Mère a entendu quelqu'un… et après… et après Père m'a caché ici, et m'a dit de ne rien dire… j'ai rien dit, je n'ai pas bougé mais… j'ai dû faire un… besoin… et cela m'a surpris, et…"
Et elle a glapi, ce qui a attiré son attention ici. L'histoire est crédible, et l'enfant ne présente aucune menace directe.

"Bien. La menace est écartée."
Elle fixe la lune, dans un trou dans le toit. La nuit est avancée, les ténèbres entourent définitivement le monastère abandonné. Sortir et s'enfoncer à l'extérieur ne serait que folie.
"Nous allons coucher ici. Je te laisserais au prochain village demain. Ton existence sera dure, mais au moins vivras-tu."
Lentement, elle range ses armes et pose son regard dans celui de la fillette. Celle-ci l'aperçoit pour la première fois, et recule en découvrant sa silhouette ; elle y est habituée. Elle connaît parfaitement son reflet, qui terrifie ceux qui la croisent.

Grande, maigre, elle dispose d'un visage très blanc et ténébreux, où ses yeux sont sombres et profonds. Deux grandes cicatrices zèbrent ses joues, résultat d'une erreur lors de son premier combat ; elle ne l'a plus jamais reproduit.
Ses longs cheveux noirs sont coiffés en chignon, coincés derrière son grand chapeau. Avec sa longue cape, son manteau noir et ses nombreuses armes sur sa poitrine et à sa ceinture, elle est une guerrière qui terrorise ceux qui la croisent ; cela lui convient parfaitement.

"Je me nomme Kane, et mon ascendance est Ombres Rouges. Pour ce soir, je serai ta protectrice, Luna de Louve."

*

"As-tu faim ?"
Assise dans l'ancienne grande salle du monastère, elle a allumé un feu et se réchauffe devant le brasier. Juste en face, la petite Luna fait de même. Elle n'a guère parlé depuis leur présentation officielle.
"N… non…"
Elle a hésité, mais s'y refuse ; elle a peur, plus encore de Kane que de son environnement.
"Tes parents sont morts, enfant. Ils ont été assassinés par un Capitaine de la Nation Noire, et je n'ai pas retrouvé leurs corps. Tu dois dépasser leur destin pour mener une existence que j'espère paisible, auprès de nouveaux tuteurs que je choisirai demain."
Elle acquiesce, elle n'est pas étrangère à ce type de traitement. Beaucoup d'enfants deviennent orphelins, en ces temps troublés, et sont confiés à des fermiers en mal de main d'oeuvre ; certains ont de la chance, d'autres non, mais il s'agit là de la seule voie qui leur est offerte. La survie, seule, dans les forêts dangereux et les plaines mortelles est inenvisageable.
"Je… c'est… demain est le Jour de l'Ascendance."
Kane fronce les sourcils, tandis que les yeux de l'enfant demeurent fixés sur les flammes devant elle.
"Ah. Cela ne pourra se faire, tu le sais."
L'enfant acquiesce, et toutes deux sont conscientes de sa perte. Le Jour de l'Ascendance est celui où un Père explique à son enfant les hauts faits de son clan, les instants puissants de sa lignée ; c'est le jour où une Histoire est contée et transmise, où une Histoire vit une génération de plus. Cette Histoire, celle de cette branche de l'ascendance Louve, est désormais perdue à jamais.
"En effet."
Luna ne dit rien d'autre, et Kane ne réplique guère. Il n'y aurait rien à dire.

Après quelques minutes, Kane récupère dans sa cape quelques bouts de viande séchée, et les dévore, sans les proposer à l'enfant ; en ce monde, personne n'insiste après un premier refus, personne ne revient sur sa décision. Il n'y a guère de place pour l'indécision.
Le repas terminé, Kane se lève et fait une ultime vérification de la zone, avant d'éteindre le brasier et de se coucher. Il ne reste que quelques heures de ténèbres, il est temps de reprendre quelques forces avant le combat du jour.

*

Elle s'éveille avant le jour, quand la nuit est encore sombre.
La Marque est apparue.

Ses paupières se lèvent et se fixent sur le dos de sa main droite. Couchée sur le flanc, elle demeure immobile et enlève, avec des gestes discrets et rapides, le gant protecteur. Elle y découvre la Marque, bien plus rouge et forte qu'en début de soirée ; cela n'augure rien de bon.

La Marque, ce terrible cercle sanguinolent apposé sur sa chair, vibre et lui offre une douleur insupportable, même après toutes ces années à errer sur ce monde. Elle serre les dents et se main avec sa main libre, sans grand succès cette fois-ci ; le danger est proche - très proche.

D'instinct, elle roule sur le col et évite la tentacule qui s'écrase à sa place, brisant le sol. Un hurlement de rage s'élève à quelques mètres de là, et elle roule à nouveau tandis que deux autres tentacules filent dans les airs pour l'appréhender ; elle l'évite, grâce à l'expérience et à la chance.

Sans un mot, elle se relève, armée de son épée et de son arme à feu. Ses yeux sombres, habitués à la nuit, fixent l'obscurité et découvrent la silhouette de son adversaire. Elle n'est malheureusement pas surprise de son identité.

"Tu m'as menti. Le Capitaine de la Nation Noire a découvert ta présence."
Luna d'ascendance Louve lui fait face, profondément changée. Six tentacules s'élèvent autour d'elles, après avoir pris naissance dans son dos. Ses yeux, jadis rongés par les pleurs, sont désormais colorés par un rouge-sang terrifiant.
"Je n'ai point menti sur tout. J'ai découvert la présence de l'enfant avant ton arrivée, Kane des Ombres Rouges, quand elle a fait un besoin et glapit. Je n'ai fait que reproduire son petit cri quand j'ai définitivement pris possession de son corps."
Kane acquiesce, comprenant que le Capitaine a eu suffisamment de temps pour former un premier sortilège, grâce auquel il a sacrifié l'âme de l'enfant pour posséder son corps si sa propre chair venait à disparaître ; elle a, malheureusement, condamné Luna lors de sa venue ici.
"Bien, Capitaine de la Nation Noire. Tu as récupéré une enfant innocente, tu as anéanti son âme et tu as souillé son corps par tes sortilèges. En un sens, je le confesse : je te remercie. Pour l'horreur de tes actes, pour l'abomination que tu es, je suis heureuse de pouvoir te tuer à nouveau. Cela te sera bien plus douloureux, et j'y prendrais plus de satisfaction."

Un hurlement s'arrache de la gorge du monstre, quand trois tentacules filent vers Kane. Celle-ci a déjà roulé sur le sol, et son arme à feu tire trois balles vers le corps frêle de l'enfant ; une tentacule verdâtre et inhumaine se sacrifie, et le hurlement de colère du Capitaine devient soudainement douleur et frustration.
Aucune expression ne passe sur le visage de son ennemie ; la satisfaction viendra plus tard.

Elle entame une course dans la grande salle du monastère, évitant les attaques du monstre grâce à son expérience. Elle roule, fait quelques roues, et se protège derrière les gravats. Elle enchaîne les balles contre l'ennemi, parfois moins adroite que précédemment ; son arme est soudainement vide, et cinq tentacules demeurent encore vivantes.
Le Capitaine, et le corps qu'il possède, reste au milieu de la pièce, enragé par la souffrance et le besoin fondamental d'anéantir chaque os de son corps.

"Kane des Ombres Rouges, tu souffriras longuement ! J'anéantirai ton corps puis ton esprit ! Je ravagerai chacun de tes orifices ! Tu supplieras de devenir ma câtin, tu quémanderas mon bon plaisir ! Tu perdras ton arrogance, Kane des Ombres Rouges ! Tu comprendras la différence entre une simple humaine et un véritable Capitaine de la Nation Noire !"
Elle arrête sa course et plonge son regard dans les yeux de l'enfant possédé. Elle a déjà oublié Luna, elle ne se concentre que sur le monstre qui l'habite, et pour lequel elle n'a aucune pitié.
"Tu t'es trompé, Capitaine. Par deux fois."
Il veut répliquer, mais Kane s'est déjà lancée dans sa danse macabre.

Elle se précipite en avant, évitant une tentacule qui voulait enserrer sa gorge. Son épée tranche un premier bout de la matière organique verdâtre, avant d'en couper une autre deux mètres plus loin.
A peine a-t-elle agi qu'elle roule sur le sol, récupérant un pan de mur éboulé pour se protéger de deux tentacules, lancées comme des béliers. La pierre explose, mais la chair impie est tranchée par l'épée, avant qu'elle ne monte directement sur les chairs bientôt mortes pour courir dessus, telle une sorte de pont suspendu.
Restent deux tentacules, qui protègent leur maître. Elle se jette, les bottes en avant, et se fait emprisonner par les deux formes maléfiques, qui la tirent vers l'enfant possédé. Le Capitaine rit de sa prise, mais sa cible récupère dans sa manche un couteau qu'elle utilise pour trancher quelques veines des tentacules. L'épée achève le travail, et elle se relève juste devant l'ennemi, qui a commis l'erreur de l'amener trop rapidement à lui.

"Tu n'es plus Capitaine depuis que tu as été exilé."
Elle enfonce sa lame dans le torse de l'enfant, qui glapit de douleur.
"Et je ne suis pas une simple humaine."
Le couteau pénètre dans sa gorge, régulièrement plongé à l'intérieur pour augmenter la plaie et la douleur.

Kane recule alors, laissant son adversaire s'écrouler. Son agonie durera quelques minutes, et sera douloureuse. Le sang va remplir sa gorge, puis ses poumons, et toute respiration sera difficile ; au même moment, les organes percés par l'épée répandront leur sang à l'intérieur, et l'ennemi aura l'impression d'étouffer tout en explosant de l'intérieur.
Elle lui avait dit que sa fin serait pire que la précédente.

Alors qu'elle fixe la dépouille agonisante du Capitaine, et de celle qui fut jadis Luna, elle sent la Marque disparaître sur sa main ; son utilité est passée.
Elle aussi a menti, pense-t-elle en nettoyant ses lames sur sa cape, refusant de le faire sur le corps, même sali par le Capitaine, de la petite. Son ascendance n'est pas des Ombres Rouges, même si c'est ainsi qu'elle est connue ; son ascendance est celle du Meurtre, et la Marque l'appelle dès qu'elle doit ôter la vie.

Jadis, un de ses ancêtres a arpenté le monde, anéantissant les monstres qu'il croisait, usant d'une sagesse divine comme Salomon, mais cela n'a guère racheté l'ascendance de sa famille. Jadis, plus loin encore, son premier ancêtre a commis le premier cri, le premier Meurtre, et toute sa descendance en a été marquée pour toutes les générations qui ont suivi.
Depuis, chaque lignée, chaque membre de chaque lignée bénéficie de la Marque, qui lui indique quand il est proche d'un être qui doit mourir - parce qu'il est mauvais, parce qu'il est maléfique, parce qu'il menace la vie d'autrui.

Elle s'enfonce dans la nuit, abandonnant ce lieu définitivement maudit et les cadavres de ceux qui reposeront ici à jamais.
La Marque s'est tue, mais elle se rappellera bientôt à elle. La Marque s'est tue, mais elle reviendra. Le Meurtre est sa destinée, et Kane et sa Marque y seront bientôt à nouveau confrontées, en cette maudite année 1987.
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  #261  
Vieux 23/09/2014, 21h55
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Bonsoir à tous,

Depuis toujours, j'ai une passion pour le steampunk, que j'ai essayé de développer dans des histoires, qui ne m'ont pas convaincu. Aujourd'hui, je veux retenter l'expérience, en bâtissant un univers par plusieurs histoires liées.
Bonne lecture à tous.

Steam City*: Automatique

8 heures 12 minutes.

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Dernière modification par Ben Wawe ; 15/02/2016 à 18h38.
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Vieux 23/09/2014, 22h32
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Magda est une petite crotte de super héros pourri
Je n'ai pas encore eu le temps de tout lire, mais c'est intéressant, je te ferai une critique une fois la lecture du récit finish
Merci à toi de nous proposer ton travail en tout cas
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  #263  
Vieux 23/09/2014, 22h42
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Merci de t'y intéresser.
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  #264  
Vieux 07/04/2015, 22h06
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Bonsoir.

Ces dernières années, j'ai écrit trois histoires de Heroic-Fantasy dans le même univers, sur un même personnage, un vieux guerrier sans nom, luttant contre les dragons dans un monde ravagé par ces créatures.
La première (Le Solitaire) et la deuxième (Le Solidaire) histoire montraient le personnage affronter le dernier dragon vivant. La troisième (Le Survivant) montrait le personnage découvrir un bâtard, mi-homme, mi-dragon, avec des désirs de conquête dans ce monde désolé.

Aujourd'hui, je reviens dans cet univers, alors que je n'ai pas d'attachement fondamental avec l'Heroic-Fantasy. Une suite pourrait venir.
Bonne lecture.

***

Le Chevalier

La porte du cachot s’ouvre à la volée. Les gonds métalliques, usés et rouillés, grincent alors qu’une immense main gantée s’en empare pour les tirer en arrière. De sa main libre, un géant pousse violemment une silhouette bien frêle à côté de cette force de la nature. Sa victime, déséquilibrée par un vicieux croc-en-jambe, s’écroule lourdement sur le sol de la cellule. Elle roule quelques mètres avant de s’arrêter, vaincue, au milieu de quelques ordures et détritus.
Un faible râle s’échappe de ses lèvres gercées. La douleur ressentie justifierait un cri, un hurlement, mais il refuse d’offrir ce plaisir à son geôlier. Ce dernier, bien conscient de ne pas obtenir ce qu'il souhaite, grogne de colère et rabat brutalement la porte de la cellule ; la puissance du geste fait trembler pour quelques secondes la structure même du cachot, vétuste cavité en pierre forgée bien avant la naissance de leurs ancêtres.
Le géant se moque avec sa voix lourde et sale, le raille sur cette dernière nuit qu’il va passer ici. Tout en lui respire la bêtise et la violence, depuis l'attitude supérieure d’un gardien qui se croit plus important que ses prisonniers, en passant par l'allure arrogante d’un géant vêtu trop court, jusqu’à la face dégoûtante d'un porc obèse et consanguin. Il dispose d’un petit pouvoir de nuisance, dont il entend abuser pour tout le temps que sa victime passera auprès de lui.
Quelques heures de moqueries, quelques heures de harcèlement, quelques heures de supplice. Les dernières de son existence, selon la décision de « justice » rendue dans la salle principale du château.
De longs instants s'écoulent, emplis de provocations et de piques qui ne trouvent aucun écho, avant que le géant décide de partir, lassé. Sa victime, sûrement trop vieille, trop faible, n'a guère bougé de la position douloureuse qu'elle a adopté en chutant ; ses os se sont peut-être brisés, son esprit a peut-être abandonné la lutte. En tout cas, son amusement diminue, et il entend s'occuper autrement qu'à regarder le corps d'un vieillard immobile.
Cependant, alors que les pas lourds du gardien l’éloignent de la geôle, les membres du prisonnier réagissent enfin. S’il est resté immobile, c'est en réponse aux railleries, par pure provocation, pour ne rien lui donner ; maintenant qu'il s’en est allé, il peut trouver une meilleure position pour ses « dernières heures ».
Lentement, il roule sur le côté, libère ses membres coincés sous son torse et ses jambes, puis s’assoit. Son dos le fait souffrir, ses bras sont ankylosés, et sa rapide inspection de son corps lui fait toucher les plaies issues du combat acharné – et perdu – contre les gardes du château ; elles saignent encore. Il découvre également que son organisme ne fait pas que saigner, il souffre aussi à chaque mouvement, certainement à cause de ses muscles endoloris par les coups de poing et de pied délivrés par la cour du duc avant le « jugement ».
Il se fait vieux – non, il est vieux.
Il pousse un long soupir et laisse glisser ses doigts usés sur son crâne, dans le peu de cheveux blancs qui lui restent. Jadis, sa crinière sombre attirait les regards, les craintes mais surtout l’admiration des femmes ; il en avait fait une arme de séduction, une marque, un signe de reconnaissance qui l’avait poussé à abandonner casques et heaumes durant les batailles. Il était le chevalier sombre ; le chevalier noir, pour certains.
Mais c’était avant. Avant que la crinière tombe, sauf sur l’arrière de son crâne, qu'il rassemble désormais en une queue de cheval blanche. Avant que les années ne se rappellent à lui, et transforment le corps qu’il avait forgé en arme en ruines d’un passé si lointain qu'il semble issu de ses vieux rêves. Avant que les batailles perdues deviennent plus nombreuses que celles gagnées. Avant les Dragons. Avant la ruine des Trois Royaumes. Avant la fin.
Ses doigts glissent ensuite sur son visage, pour vérifier les ravages causés par les gardes du château ; ils sont, ici, minimes. Sa face, rongée par une épaisse barbe blanche, a été protégée par ses bras dans un réflexe stupide. Ce dernier lui coûte hélas beaucoup, car ses membres ne sont pas seulement ankylosés, ils sont blessés, recouverts de plaies plus ou moins profondes. Ce pourrait être un handicap, demain – lors de l’exécution.
L’exécution ; un second soupir s’échappe de sa gorge ravagée par des années de tabac et d’herbe-folle. Pour la première fois depuis longtemps, ses mains, qui ont arraché des yeux et brisé des crânes, tremblent ; et ses yeux, qui ont vu l’anéantissement de la Capitale et du Roi Wayne, deviennent humides. L’exécution ; prévue demain. Pour lui.
Il essuie le sang qui coule de son avant-bras avec un bout de tissu ramassé parmi les détritus, et craque ses phalanges usées. Il sait quoi faire, il a déjà été dans cette situation à de nombreuses reprises. Vaincu par un trop grand nombre d'adversaires, jugé, emprisonné, promis à une mort déshonorante sensée redonner de la vigueur au pouvoir du despote local. Résister aurait été inutile, et il ne l'a pas fait quand la douzaine d'hommes en armures minables, à peine solides, lui est tombée dessus, à l'orée du bois. Lui qui était sur la piste du Bâtard, de la créature sans nom qui veut imposer sa marque sur les Trois Royaumes brisés, a été pris à l'orée d'un bois et par surprise par ces chiens, qui l'ont rapidement mis sous fer pour l'amener devant leur maître.
La séance a été farce, le jugement une évidence. L'exécution, demain, se déroulera au milieu de la place du château, pathétique petit donjon entouré de petits murs qui ne tiendraient même pas un siège. Son esprit, bien qu'usé par une longue chevauchée, a analysé assez vite les forces et faiblesses de la place ; les premières sont minces, les secondes importantes.
Il n'y a qu'une vingtaine de combattants, et la plupart sera postée aux entrées et sorties du château, qui sont au nombre de trois. Le reste sera divisé entre la protection de la foule, devant le gibet qui est déjà dressé pour lui, et la protection du maître des lieux et de sa cour. En définitive, seuls deux à trois hommes autour du gibet, quatre à cinq autour du duc, et le reste en surveillance de l'extérieur – mais trop loin pour intervenir et protéger leur maître.
La méthode pour fuir est simple. Faire le faible, traîner les pieds, quémander un peu de pitié, se laisser faire ; donner un faux sentiment de supériorité, s'emparer d'une arme, tuer son propriétaire, tuer l'autre garde, libérer ses mains, profiter des cris de la foule, fendre la foule en s'accroupissant, planter un puis deux gardes du maître des lieux, et lui envoyer l'arme en plein crâne.
Il l'a déjà fait – souvent. Il sait exactement quoi faire pour s'échapper.
Mais il ne le fera pas.
Ses mains tremblent, et il ravale un petit sanglot en serrant ses poings. Il ne le fera pas, non. Il ne tuera pas les gardes, il ne se libérera pas, il ne foncera pas vers l'estrade, il ne lancera pas l'arme dérobée. Il ne le fera pas ; il ne se permettra pas de le faire. De le lui faire.
Il le sait depuis qu'il l'a vu, depuis qu'il est entré dans ce qu'ils appellent grande salle, mais qui n'est qu'une pièce banale, décorée sans goût, avec des objets réunis çà et là, sans grâce. Il le sait depuis que ses yeux sombres et usés se sont posés sur le petit trône au fond de la salle, sur cette silhouette haute et puissante, sur ces grandes mains, sur ce nez si long et dérangeant, sur cette épaisse crinière noire qui ne cesse de flotter à chaque mouvement.
Il le sait depuis qu'il l'a vu, depuis qu'il a reconnu ce château – qu'il a déjà visité, vingt ans plus tôt. Du haut de sa gloire, attaché à l'escorte du Roi Wayne, il a pleinement joué son rôle de protecteur de son souverain, mais a aussi profité de son charme pour quelques conquêtes ; dont la duchesse elle-même, femme du maître des lieux, qu'il a joyeusement culbuté dans un escalier, dans les cuisines et même dans les écuries, quelques instants avant son départ. La duchesse, au nez trop long, n'était pas belle femme, mais insatiable, et lui a permis de goûter pour quelques heures aux douceurs de la noblesse.
Il avait oublié, jusqu'aujourd'hui. Il avait oublié cette visite, la duchesse et même l'existence de ce château, pathétique structure perdue dans les collines et les bois des Trois Royaumes. Il avait tout oublié, jusqu'à ce que ses yeux se posent sur le nouveau duc, dont la ressemblance et l'âge approximatif sont trop frappants.
Il renifle, ne contrôle plus ses doigts, ses membres ; il est vaincu. Il ne peut le dire ; il ne peut le penser. Il a commis bien des crimes, bien des atrocités, mais ceci... cette abomination... c'est au-delà de tout. Au-delà des horreurs commises au nom des Trois Royaumes, et même du bon Roi Wayne.
Il a fait vœu de donner sa vie pour ces causes, pour protéger la justice et l'ordre, et pour châtier ceux qui les troublent ; mais pour suivre cette voie, il devrait être l'auteur d'une ignominie pour continuer.
Au loin, ailleurs, le Bâtard, mi-homme, mi-Dragon, rôde dans les restes du pays des hommes, faisant tomber chaque jour une nouvelle cité sous sa coupe. Au loin, ailleurs, la créature ourdit de sombres complots, et il s'est donné pour mission de l'anéantir, de la briser, de plonger l'épée Trillium dans son cœur, comme il l'a fait pour tous les Dragons.
Mais il ne peut pas. Il ne peut pas s'enfuir pour mener cette mission à bien. C'est trop demandé.
Il a tout donné au Roi Wayne, à la morale, à l'éthique. A de trop nombreuses reprises, il a sali son âme en accomplissant des horreurs, mais toujours avec l'idée que cela servait une cause plus grande, plus importante que son propre salut.
Il le croit toujours. S'il ne peut plus protéger les Trois Royaumes, il entend empêcher les monstres de s'emparer de leurs ruines. Mais là... cela... non. Il ne peut pas.
Il a tué des bébés, des femmes, des vieillards, des faibles, des mutilés. Il a torturé, massacré, brûlé, pillé. Il a causé des malheurs, il est l'auteur d'horreurs innombrables. Mais il ne sera pas l'auteur d'un tel acte.
Il ne tuera pas son fils. Il vaut mieux que cela.
*
La foule est hostile. Le château, minuscule place forte qui a résisté à la chute des Trois Royaumes, n'est plus qu'une coquille vide, qui parvient à peine à nourrir la cinquantaine de paysans qui vivent encore en son sein. Leurs corps sont faméliques, leurs mines affamées, mais tous s'enthousiasment pour l'événement du jour. Le dur labeur, la journée de travail passée à forcer une terre brûlée par les Dragons, tout cela est remplacé par l'exécution, décidée par le duc comme une fête, un véritable événement.
Il est traîné sous les hurlements, les indignations et les cailloux. Nul légume pourri, nulle nourriture ne lui est envoyé ; même rongé par les vers, tout aliment est dévoré par ceux qui s'acharnent à sucer des galets pour combler le creux en leur ventre. Il se protège du mieux qu'il peut, les bras levés, à demi-accroupi, poussé par le géant et ses camarades gardiens, railleurs et heureux de pouvoir s'acharner sur quelqu'un.
Enfin, il parvient sur une petite estrade, où le gibet a été préparé. Nulle décapitation, nul démembrement ici, mais une bonne vieille potence, une mort lente et désagréable ; une mort honteuse, humiliante. Il a été reconnu coupable d'un crime qui n'existe pas, la crainte du duc et de ses hommes face à l'étranger, la facilité de s'en prendre à un vieillard et de contenter le peuple par une exécution à peu de frais.
Ses yeux usés se lèvent lentement de la foule haineuse, et se posent sur l'autre estrade. Sur le petit trône. Sur celui qui y siège.
Son cœur bat un peu plus vite. Ses mains tremblent à nouveau. Ses lèvres font de même, alors que ses paupières battent pour chasser l'humidité.
Le duc parle ; il l'entend à peine. La haine, la colère envers ce monde brisé se déversent dans ses paroles, alors qu'il fait de lui l'origine de tous leurs maux, de tous leurs malheurs.
Il comprend, il comprend tout. Pourquoi les hommes en armure rôdaient dans le bois, à la recherche d'une cible, d'un étranger, d'un ennemi à enlever et à offrir à la foule. Pourquoi le duc, si fort, si bien portant, craint pour sa survie et le contrôle d'un peuple affamé, qui est sûrement las des mensonges de ses dirigeants et des privilèges. Pourquoi son exécution est si rapide, pourquoi il a tant besoin de le châtier.
Le duc utilise un vieux tour de monarque, trouver un coupable pour forcer la foule à le suivre, trouver un coupable pour rejeter la faute, trouver un coupable pour gouverner quelques mois de plus.
En un sens, il est déçu de le voir agir ainsi, non pas pour son propre destin, mais parce qu'il aurait espéré mieux de son descendant. Hélas, qu'attendre de quelqu'un qu'il n'a jamais rencontré, qu'il n'a pu influencer, élever ? Toute sa vie, il l'a passée à combattre pour les Trois Royaumes et le Roi Wayne ; même en s'inquiétant de la duchesse et d'une éventuelle descendance, cela n'aurait rien changé, il n'aurait pas eu le temps.
Le temps – il lui en reste si peu. Et alors que le duc continue de parler, de haranguer la foule, il ne cesse de penser à son temps, à ce temps perdu. Tant d'années passées sur les routes, à lutter pour ce qu'il croyait juste... pour quoi ? Pour qui ? Le Roi Wayne ? Les principes fondant les Trois Royaumes ? La justice, le bon droit, la morale ? La chevalerie, le principe de protéger les faibles ? L'idée même qu'il y a des valeurs, des comportements qui justifient de châtier autrui, qui sont au-delà de ce qu'on peut accepter et comprendre ? Être un chevalier, tout simplement, cet honneur et cette responsabilité qui ont dicté toute sa vie ?
Il s'est battu pour cela, oui. Et alors qu'un des gardes le pousse pour s'approcher du gibet, il ne cesse de se demander où cela l'a mené. Sur cette estrade, à quelques secondes de la mort. Dans une contrée détruite, ravagée par des Dragons qui ont brisé son Roi et ses codes. Dans un monde brûlé, qui ne cesse d'agoniser. Dans un monde sans loi, sans ordre. Dans un monde mort.
Oui. Le monde est mort.
Mais il n'était pas creux. Il était sain, il était pur, il était juste – autant que faire se peut. Le Roi Wayne était grand, les Trois Royaumes rendaient les peuples heureux. Le monde était bon, et s'il est détruit, ses ruines... ses ruines ne peuvent être abandonnées au chaos, à l'anarchie. A l'injustice.
Cela, il ne l'a jamais accepté. De toute son existence, il n'a jamais pu rester muet devant une injustice, devant un acte immoral qui méritait sanction, punition – châtiment.
Ses yeux usés se lèvent à nouveau, et croisent le regard du duc... son fils. Qui hurle, qui l'accuse de mille malheurs, de mille horreurs. Il le sait, ils le savent tous deux : c'est faux. Tout est faux. Il ment, pour régner un peu plus, pour contrôler un peu plus un peuple mourant, alors que lui est grand et fort, gavé d'une nourriture que les siens réclament pour survivre un jour de plus.
Il maintient ses yeux dans son regard, il cherche... quelque chose. Un signe. Un symbole. De l'espoir.
Il ne trouve rien. Rien de lui, rien de ce qui a fait de lui le préféré du Roi Wayne, l'ultime propriétaire de l'épée Trillium. Rien de ce qui est bon.
Il soupire, et s'arrête, forçant le garde à s'approcher pour le pousser. Il ferme les yeux, gémit et se laisse tomber. Il permet au garde de le maintenir, roule les yeux dans ses orbites, et tremble comme un possédé. Le garde essaye de le maintenir comme il peut, le poussant contre lui pour assurer sa prise ; lui peut ainsi poser sa main sur l'arme au flanc du garde.
Il hésite un instant, mais se rappelle le regard du duc – et il décide, arrachant l'épée de son fourreau, égorgeant dans le même geste son propriétaire.
La suite est connue... la suite est simple. Il l'a déjà fait – souvent. Il sait exactement quoi faire ; et il n'y répugne plus.
Il frappe l'autre gardien. Il entend la foule. Il se libère. Il s'accroupit.
Il va s'échapper, poursuivre le Bâtard. Servir son Roi, ses Royaumes et ses valeurs.
Mais avant... il doit faire ce qui doit être fait.
Il tue son fils.
Parce qu'il est un... il est l'ultime chevalier.
Il ne vaut pas mieux que cela.
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Elijah Snow : "It’s a strange world."
Jakita Wagner : "Let’s keep it that way."

Warren Ellis.
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