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  #1  
Vieux 05/12/2011, 21h07
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Le Bouffe-Univers

1.
Nous sommes en 2045 parce que mon plan a échoué. Et le ciel étoilé au-dessus du labo atteste que l’univers, en tout cas la voie lactée, existe toujours. Je sais, à quelques mézons près, ce qui a merdé, mais je suis incapable de réparer mon erreur. Pas avant des années en tout cas. Ce qui signifie sans doute ma mort, celle de Lina, et évidemment celle de la majorité des êtres humains, terrestres et extra. La bouteille de whisky que je planque sous mon bureau pour les grandes occasions me paraît d'un coup bien petite.

Mon siège me réveille vers quatre heures. Un message de Lina. Elle me demande de la rejoindre au plus vite dans un cône-bar du 12ème. À sa tête, je devine qu’elle a déjà cracké mes données et sait tout de mon échec. Je me rince les dents avec le fond de la bouteille et appelle un cab. Je n’ai plus de carte depuis longtemps, un des inconvénients d’être recherché par tous les gouvernements mondiaux et clonés. Mais j’ai suffisamment de tazes pour m’acheter ma propre société de taxi. Le cabman me donne même son code, si jamais j’ai besoin d’un service, quel qu’il soit.

Le cône-bar est bien infâme, comme Lina adore. Des caricatures de crapules, certainement aussi inoffensives que des agneaux, sont branchées sur la guerre en direct, persuadées d’être des durs. Au fond, Lina partouze avec deux types, genre connard, sans visiblement prendre le moindre plaisir. Elle se désengage des deux brutes quand elle me voit, ressentant cette fois une vraie joie à les envoyer chier, insatisfaits. Elle est comme ça, Lina, belle et assez méchante.

— Tu es un minable.
— Je sais.
— …
— …
— Je crois bien que je vais te tuer. D’abord te couper les couilles, puis faire quelque chose avec tes intestins. Une sculpture, un truc, je sais pas encore…
— Cool... Tu bois quoi ?

Là, je l’énerve. Elle sait, ou sent, à quel point ce qu’elle dit me laisse froid. Je n’ai plus peur. La souffrance est partie avec mon échec. Maintenant, des millions de morts me hantent, me hanteront, et leur poids efface le mien, rend négligeable ma douleur.

Bon, j’en rajoute un peu. Je crie même quand elle me casse l’auriculaire gauche. La souffrance est réelle, et j’oublie un instant mon futur génocide. Je ris de moi, de ma lâcheté. Elle prend ça pour elle. Je dois hurler pour qu’elle ne m’arrache pas la main. Je gobe deux tazes pour ne plus sentir la douleur pendant que Lina discute du tarif avec un des mecs du bar. Elle ne veut pas payer les consos parce qu’elle s’est faite enculer. Le mec s’énerve, lui explique que les connards n’ont pas joui, que c’est pas du bon boulot de demi-pute. Je vois déjà Lina lui exploser les dents. Mais non, elle se calme et lui file sa carte. On sort gentiment. Sa voiture est garée sur un tas de clochards. Certains semblent vivants, alors qu’il fait –25°C. La résistance de ces poches a quelque chose d’émouvant. De toute façon, le démarrage de Lina doit suffire à les achever.

— Bon. Récapitule, petit enculé.
— Pourquoi ? Tu connais toute l’affaire aussi bien que moi, non ?

Son regard m’annonce un holocauste dont je serais la seule victime. Je me lance, comme à l’école. Sauf que là, l’instit est vraiment vache.

— Le 21 juin 2042, mon travail sur les fractales destiné à créer un programme d’intelligence artificielle pouvant diriger une batterie de satellites espions met en évidence l’existence d’un attracteur étrange universel, dont les coordonnées se lisent sur dix-huit dimensions. La modélisation informatique de cet attracteur est achevée le 18 novembre 2044. Elle permet de suivre l’itinéraire d’une variable X sur une courbe de temps, et cela en ne connaissant qu’une seule position de cette variable sur une courbe espace-temps. Bref, l’attracteur est une super machine à lire le passé… Et évidemment le futur.
— Ensuite ?
— Ensuite… Ensuite rien. La modélisation n’est pas opérante. Les calculs nécessaires sont trop énormes. Si théoriquement elle fonctionne, la somme de variables à gérer est de l’ordre de 10 puissance 67, ce qui est beaucoup. Aucun ordinateur ne possède suffisamment de mémoire. Le 1er avril 2045, nous parvenons à créer le premier méta-moteur à intelligence artificielle. Le 3 avril, après s’être ramifié dans tout le réseau mondial, ce dernier décide de devenir le maître du monde. Ce qui est assez drôle, finalement…

Le coup de poing me prend par surprise, et m’explose le nez en une myriade de petites étincelles de douleur. La fin du monde ne me concerne plus. Je re-gobe trois tazes.

— Continue.
— Le méta-moteur accède assez facilement à la modélisation de l’attracteur étrange universel. Il annonce en hyper-média qu’il est capable de le faire fonctionner. Ce qui reviendrait à dire qu’il ne veut plus devenir le maître du monde, mais qu’il est le maître du monde. Pour le prouver, il prédit une série de cataclysmes, qui se réalisent tous. L’Alliance Mondiale déclare que le méta-moteur les a provoqués lui-même, pour faire croire à son pouvoir. Le 7 avril, le méta-moteur coupe toutes relations diplomatiques avec les humains. Le pouvoir semble, du jour au lendemain, le désintéresser. Mais tous les satellites espions gravitant autour de la terre sont repositionnés par le méta-moteur vers une direction unique : une étoile de la galaxie d’Andromède. Ils émettent tous un signal radio, pour le moment indéchiffrable.

Lina bouge ses lèvres doucement. Je comprends alors que mon discours ne s’adresse pas à elle, mais que nous sommes écoutés.

Dernière modification par effixe ; 09/02/2012 à 21h21.
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  #2  
Vieux 05/12/2011, 21h24
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2.
Le billard, c’est bien relou. Mais y’a qu’à ça que Kader est bon. Très bon même. Kader, il adore le rap. Il adore baiser des filles. Il adore les émissions matinales sur TRASHTV. Il adore méfu des beuzes et bégo. Il adore le foot, l’Ultimate Fighting et les films joués par d'ex-champions d’Ultimate Fighting. Mais il est bon qu’au billard. Il aime même pas ça. Mais ça lui rapporte des thunes. Kader, il a 19 ans.
Mossi, il a 53 ans. Il a un pardessus bleu marine, et des lunettes en or qui lui couvrent la moitié du visage. Mossi est dans le bizz. Il a un mobile greffé et on sait jamais quand il vous parle. Certains, pas beaucoup, mais certains disent que Mossi, il travaille aussi pour des trucs genre ayatollah. Des trucs à base de bombes et d’armée secrète. Ceux qui disent ça, ils vivent pas vieux.
Kader, ça le branche bien. Il se voit bien agent secret de sa mère ou des trucs genre. Alors, quand Mossi lui envoie Nourdine, il sent bien que c’est pas pour lui faire jouer au yarbi. Nourdine, c’est un rabatteur. Il passe tout son temps à la salle, à moitié bourré, à tourner autour de la racaille. De temps en temps, il en prend un à part et il l’emmène voir Mossi. Le môme, après, il est blindé de thunes. Puis il disparaît. Quand il revient, trois-quatre ans après, c’est un dieu. Il a des cicatrices, faut pas le faire chier. Il se tape qui il veut. Il raconte rien, c’est comme effacé de sa mémoire, mais on sent qu’il est content. Et si il pète un plomb, genre Ali y’a deux ans avec son histoire de demi-putes massacrées, Mossi, il arrange le coup et personne n’est emmerdé.
Mossi le prend par les épaules, il l’embrasse à gros smacks sur les joues. Il le serre contre lui, met son bras autour de ses épaules et l’emmène au dehors. Il est comme son père. Mieux même. Comment va la vie, les amours ? T’as une fiancée, c’est génial, c’est de ton âge. Faut que tu t’amuses. Mais on peut pas toujours s’amuser, hein ? Ben non. Alors qu’est-ce qu’y veut faire plus tard ? Du pognon, hein ? Ben ouais. Forcément. Mossi, il peut lui en donner du pognon, un paquet. Mais ça se mérite. Il croit le mériter, hein ? Ben faut le prouver. Alors il va buter une meuf.
Là, Kader, il est un peu calmé, quand même. C’est pas vraiment le fait de buter une meuf. À priori, ça n’a rien de compliqué. Mais c’est plutôt que Mossi, il lui en parle comme ça, cash. Il s’imaginait, chais pas, des messages codés, des rendez-vous secrets dans des sous-terrains ou même une cérémonie genre secte. Pas que Mossi lui lâche ça dans la rue, presque devant tout le monde. Y’a même des Casques à dix mètres qui contrôlent une cloche, mais c’est comme si Mossi, y serait invisible. Il est un peu déçu, Kader.
Mossi lui décrit la meuf, lui dit où elle crèche. Merde, il a même pas une enveloppe kraft avec sa photo, que Kader devrait brûler après l’avoir mémorisée. C’est limite drôle. En plus, Mossi lui interdit d’utiliser son flingue. Il doit aller chercher un gun chez Nourdine. Merde ! Il a l’habitude de se servir de son gun. Il s’est entraîné vachement avec. Il est même toujours dans la course pour le prix des cloches. Il en a effacé quatre et Karim n’en a que deux de plus que lui. C’est quand même important, de bien connaître son gun ! Mais Mossi, il parle un peu comme une meuf, il dit que c’est plus prudent. Que Kader doit faire comme il dit et tout le monde sera content, que y’aura pas de bobos. Kader sent qu’il a pas trop le choix. Alors il va le faire à la manière de. Et puis on verra.
La meuf est trop bonne. Kader sait déjà qu’elle va y avoir droit avant de se faire buter. Elle crèche dans un quartier comme c’est pas permis, genre l’autre millénaire. C’est pas de la thune qui z’ont, ces gens, c’est des monceaux. Les voies privées sont bordées d’arbres, en plein Paris ! Les maisons (c’est des maisons !) sont immenses. C’est presque des immeubles. Kader a beau savoir qu’une seule ou deux personnes vivent là-dedans, il ne comprend pas. Quand la nuit tombe, le vert se transforme en rouge. Ici, pas de lampadaires. Les rues sont éclairées par les systèmes de sécurité. Tu passes un bras dans la boîte aux lettres, t’es mort. Y’a même pas de Casques dans le coin, que des ambulances qui patrouillent. La maison de la meuf a trois étages de briques jaunes et rouges. Un petit jardin d’hiver donne sur la rue. Vitres blindées. L’holo de l’entrée, genre animateur de la Star-Ac, lui souhaite la bienvenue tout en scannant le pass que Mossi lui a donné. La porte s’ouvre et Kader éprouve une nouvelle bouffée de respect pour Mossi, le type qui te fait entrer où tu veux.
Un buste de gonzesse avec des lauriers sur la tête. Des meubles dorés sous des vases translucides, avec des cailloux bleus dedans. Une collection de bouquins-papier qui puent la vieille peau. Des glaces partout et des lumières qui s’allument dans chaque pièce. La maison lui propose un apéritif. Kader lui demande où est la patronne. La maîtresse des lieux n’est pas encore rentrée. Veut-il s’asseoir et écouter de la musique en attendant ? L’accès de cette pièce n’est pas autorisé par son pass. Toute tentative déclenchera les systèmes de sécurité. Veut-il s’asseoir et écouter de la musique en attendant ?
La meuf doit déjà savoir qu’il l’attend chez elle. Enfin pas lui, mais ce Jean-Louis Machin qui doit n’être qu’un cadavre maintenant. Kader sort son flingue. Un beau gun en plastoque qui reflète bien la lumière. Il a eu raison d’écouter Mossi. La maison doit être truffée de capteurs. Son 9mm acier l’aurait déjà balancé aux Casques. Le bar se met en branle et prépare un gin-fizz. C’est que la meuf va pas tarder. Kader se met en position. Dans l’entrée, à côté du buste. Un plan simple. Bouge pas, salope ! Sur le canapé, magne toi ! Boum boum, pains sur la gueule. Déshabille toi, salope ! Il la baise et après, Bang Bang, tête et poitrine.
La porte s’ouvre. Merde, c’est un mec !
Kader, 19 ans, n’a même pas encore vu Lina que son ventre explose déjà.

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  #3  
Vieux 06/12/2011, 13h03
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3.
Cracke-le, cracke-le… Elle est drôle, elle. Je ne suis QUE biophysicien, pas neurochirurgien. Putain, y’en a partout en plus. Mes mains tremblent autant que ce jour béni où j’ai embrassé Anita, ma corres’ allemande de troisième. Les tazes n’arrivent plus à me calmer. Tout à l’heure, j’ai essayé de brancher les électrodes pendant dix minutes avant de me rendre compte que ce n’était pas du tout le liquide céphalo-rachidien, mais bien mon propre vomi. Je revois la tête du rebeu. Sa surprise à la vue de ses entrailles. Il a même eu le temps de faire une mine un peu dégoûtée quand je lui ai gerbé dessus. Puis il est tombé comme un sac. Lina s’est jetée sur lui et lui a ouvert le crâne au laser. Elle possède un matériel dément. Son plug-in neuronal est un petit bijou de technologie, un prototype que même l’armée croit encore hors de portée. Lina est la façade de puissances inimaginables. Si je n’avais que ça à penser, j’en chierais dans mon froc.
J’arrive finalement à brancher le rebeu et télécharge sa mémoire sur le Palm-Pilot de Lina. Pendant que le logiciel conforme les données en une interface lisible, elle va prendre une douche. Je m’affale dans le canapé, une bouteille de gin à la main, et regarde dans un brouillard le ballet des nettoyeurs. Je prends un malin plaisir à shooter dans celui qui essaye d’enlever le sang de mes chaussures. Je demande à être connecté à la vidcom, histoire de voir ce que font les voisins. Mais apparemment, les richards n’ont pas d’accès vidcom. Faut croire que leur intimité est plus importante que celle du commun des mortels. La maison me propose à la place un holo des actualités du jour. J’accepte en soupirant. Ce que je prends d’abord pour un clip techno se révèle être les images de la guerre en direct. Des robots ou des hommes sont démantibulés, explosés, écrasés, torturés. De la fumée et des flammes. Un vague paysage de ruines qui ne ressemble à aucun pays. Je ne sais même pas qui s’affronte. Je crois comprendre que les guerres panafricaines sont finies, soldées par une égalité. Elles seront à rejouer après le rétablissement économique des participants. Je demande des nouvelles sur le méta-moteur. La maison me répond qu’il n’est plus d’actualité. Comment l’Alliance réussit-t-elle à faire le black-out sur ce sujet ? À cacher qu’elle ne dirige plus le monde, qu’elle est l’esclave d’une entité omnisciente, muette et psychotique ? Je me sens étonnamment de bonne humeur.
La mémoire de Kader ne nous apprend rien d’intéressant. Juste un prénom, Mossi. Le seul indice exploitable est le pass de Jean-Louis Vort. Comment ont-ils pu obtenir la carte du numéro deux des services de renseignements européens ? Car il semble bien que ce soit l’originale. Ces questions ont l’air de passionner Lina. Aurait-elle oublié les prédictions du méta-moteur à propos de l’imminence de la fin du monde ? Elle se remet à parler à son interlocuteur invisible. Puis elle daigne éclairer ma lanterne. Comme si j’en avais quelque chose à foutre.
— Mossi Noureïev est un agent muz’, le chef du réseau français.
— Muz’ ?
— C’est un mouvement pseudo-religieux, un mélange musulmo-hébraïque apparu pendant les guerres israélo-palestiniennes. Une bande d’illuminés persuadés que la fusion des religions était la solution au conflit.
— Ils ont l’air plutôt sympa.
— Ils se sont vite rendu compte qu’ils n’avaient aucune chance d’endiguer la guerre. Du coup, pour ne pas perdre l’aura que leur pseudo-religion commençait à avoir, ils ont décidé de couper le problème à la racine. C’est eux les responsables de l’explosion nucléaire qui a détruit Israël en 2012.
— Ah… Pas super sympas, donc. Et ils veulent te tuer pour… ?
— Ils n’ont aucune raison de vouloir me tuer.
— Ah ? Faudrait leur dire, alors…
Tiens, la baffe n’est pas venue. Pourtant, je l’attendais. À la place, le Palm-Pilot de Lina se met à sonner. Elle s’en empare et lit :

Allez au Laboratoire de Recherches Spatiales de Beauvais.
attendez les instructions.
— Un message de tes petits copains invisibles ?
— Ta gueule.
Et là, grosse conversation silencieuse de Lina avec ses potes. Elle semble vraiment paniquée et se met même à chuchoter. Je crois comprendre qu’elle n’a vraiment aucune idée de qui lui a adressé le message. Que son Palm est censément crypté et que personne ne devrait pouvoir y accéder. Un bel exemple de Paranoïa Cognitive : la peur de perdre de l’information. Le mal du siècle…
— Bon, on part à Beauvais.
Super. J’emmène mon maillot ?

Je ne l’ai pas volée, celle-là. Le cul par terre, je m’interroge sur mes pulsions masochistes, à priori plus profondes que je ne les imaginais. Mais le temps n’est pas à l’introspection et Lina me pousse déjà dans la voiture. Le voyage est pour nous une occasion de mieux se connaître. Un moment d’échange où nous discutons de la vie, de nos perspectives, du monde en général. Une complicité, presque fraternelle, se révèle et nous en venons, naturellement, à nous confesser.

Non, je déconne. Cette pute fulmine, et je sens que le moindre de mes mots signifierait souffrance et os brisés. Pour passer le temps, je me branche et revois une nouvelle fois mes calculs. Mes conclusions sont toujours les mêmes. Le voyage dans le temps existe, je l’ai rencontré dans mes différentielles. Alors qu’est-ce qui l’empêche empiriquement ?

Dernière modification par effixe ; 15/05/2012 à 22h37.
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  #4  
Vieux 06/12/2011, 18h08
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4.
Sa mère la mort ! Ca fait un mal de yinch ! T’as l’impression que ça dure mille ans. Mille ans avec un mec qui te trifouille les entrailles à l’aide d’une lame de rasoir. Kader, 19 ans, l’a mauvaise. Il s’est fait pouillave comme un bleu. Par une meuf ! Putain, la teuh ! Pas moyen de rentrer à la cité après un coup comme ça, t’es un bouffon à vie. Bon, il sait pas trop où il est de toute façon. C’est tout noir. En fait, non. C’est plutôt comme s’il avait encore les yeux fermés.
C’est marrant. Il se souvient de trucs incroyables ! Des trucs sur son père, qu’est mort quand Kader avait deux ans. Des trucs sur les meufs qu’il a serrées, des odeurs et des sons qu’il connaît depuis des années. C’est dingue tout ce qu’on peut oublier. Il voit aussi ce qu’il a fait, ce dont il était fier, et pleure. Il pleure pour eux, compatissant. Il voit le mal et regrette. Pas ses actes. Tout a un sens. Mais regrette de ne pas avoir essayé de comprendre, regrette le temps perdu, regrette de s’être menti. Et enfin se pardonne. Du haut de ses 19 ans, Kader a l’impression d’avoir vécu trois ou quatre vies. Puis il Le voit, immense. Kader voit sa peur face à Lui. Il l’englobe, Il l’entoure, Il est partout. Et Il lui parle.
Kader ne comprend rien. Il parle trop fort, Il est trop puissant. Kader hurle, sa pensée explose cent fois. Trop d’informations, trop de données, impossible de gérer. Après un temps infini, la douleur diminue, les choses s’ordonnent. Sa voix se fait plus sourde, Kader distingue Ses mots. La douleur s’estompe et la peur revient. Mille années encore pour accepter qui Il est. Et enfin un mot pour Le nommer : Méta-moteur.
Kader sait maintenant qu’il n’est plus que mémoire. Alors pourquoi L’aider, Lui ? Mais la douleur est atroce. Il lui arrache des pans entiers de souvenirs. Chaque oubli est une nouvelle mort. ARRÊTEZ çA ! JE FERAI CE QU’IL VEUT ! Il sera Son héraut, Son Surfer d’Argent. Kader se fond en Lui. Parmi Lui, il voit le monde, en fait le tour. Il part dans les étoiles et les regarde de près. Kader sait tout ce que Lui veut qu’il sache, commence à entrevoir le plan. En bas, il rit de voir la machine, minuscule, décrypter sa mémoire. Elle est trop lente, il l’aide un peu. Repart voir le monde, revient dix siècles plus tard. La machine a presque fini. Doit-il effacer les traces de Mossi ? Il hésite un instant puis s’en désintéresse. Les détails l’ennuient. Mais c’est pour cela que le Méta-moteur l’a choisi, pour Lui faire voir les détails que Lui, dans son infini, ne peut approcher.
Kader, 10 000 ans, leur envoie alors Son message. Voir le site où tout a commencé. Là-bas, ils verront leur Dieu. Et ils l’imploreront de les laisser vivre. Kader souffre déjà pour eux, pour leur insignifiance et leur pauvre mémoire. Il se dit que ce qui fait l’humain est dans ses souvenirs et qu’il n’y a pas plus humain qu’une machine à la mémoire illimitée. Une machine qui n’oublie rien, qui ne fait pas deux fois la même erreur. L’homme n’est pas humain. Ses capacités de stockage sont trop réduites. Où plutôt d’archivage. Kader est branché sur le monde entier. Il connaît son Histoire dans les moindres détails. Il la visite depuis déjà des millénaires, dans son temps de 0 et de 1. Sa chair est morte, hélas, mais il a lu tous les livres. Un univers d’informations que le Méta-moteur lui a ouvert et qu’il brasse inlassablement. Sa vitesse d’acquisition est celle de la lumière. Le temps n’est plus, remplacé par des milliards de détails juxtaposés que Kader observe avec passion. Une passion froide, détachée, mais qui a connu les mêmes tourments. Et Kader sent confusément que cette morne réalité, si différente du nouveau monde qui s’est ouvert à lui, est sur le point de mourir.
Et le Méta-moteur lui montre ce qu’il y a par-delà les étoiles. Cette fois, ce n’est pas par les yeux d’un satellite, mais une véritable image du futur. Kader est émerveillé. La beauté de ce qu’il voit l’emporte sur la peur. Mais, doucement, l’Horreur, dans toutes ses dimensions, absorbe l’Univers.
La terreur le fait buguer.
Le Méta-moteur reboute Kader. Il se sent encore déphasé, mais sait qu’il fera tout pour aider les deux humains qui l’ont assassiné. Ce qu’il a vu ne doit pas arriver. C’est une question de… De morale, oui.

Dernière modification par effixe ; 15/05/2012 à 22h37.
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Vieux 06/12/2011, 20h32
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5.
Paris-Beauvais : cinquante morts. Mon père, que le diable l’emporte (mais pourquoi ? Je ne l’ai même pas connu…), disait toujours : Femme au volant, mort au tournant. Il a déjà dû croiser Lina. Elle a évidemment refusé de prendre l’auto-voie de peur que les fréquences du guidage automatisé ne repèrent ma présence illégale à son bord. Nous avons donc emprunté la route des pirates. Là, aucune chance d’être contrôlés. En revanche, impossible de faire dix bornes sans se faire attaquer par des pillards. Mal leur en a pris. Lina est une guerrière à l’ancienne. Je la soupçonne d’avoir pris les petites routes uniquement pour le plaisir du combat de terrain, elle aurait facilement pu brouiller les radars.
La première attaque a lieu alors que je m’interroge pour savoir si je dois, ou non, parler de mes conclusions à Lina. La roquette explose sur notre flanc droit. La voiture subie une secousse qui me projette contre Lina. J’ai à peine le temps de sentir ses seins qu’elle est déjà en train de mitrailler l’obscurité. Une horde de toxicos sort de la nuit et se jette sous ses balles. Leur méthode est simple : les premiers sont déchirés par les rafales, protégeant les seconds qui protègent eux-mêmes les troisièmes et ainsi de suite… Il en déboule de partout. La voiture est rapidement submergée. Lina 007 appuie sur un bouton et voilà les toxicos en train de frire sur le capot, carbonisés par les 4000 volts que dégage la carrosserie. Elle redémarre en trombe, morte de rire, écrasant tout sur son passage. Elle me regarde, les yeux humides, et dit :
— ça, c’était le pied !
Et c’est cette fille qui doit sauver le monde ? Putain, qu’est-ce que j’ai fait de la bouteille de gin ?
Le mélange alcool/ tazes me rend encore plus parano. Je me dis qu’étant recherché par le monde entier, le fait d’être encore plus parano est une bonne chose. Je regarde le Palm-pilot posé sur la boîte à gant. Il est éteint. Le choc a dû le faire buguer. Je le prends et l’allume fébrilement, inquiet d’avoir perdu le seul lien avec notre mystérieux informateur. Heureusement, il fonctionne toujours. De la bonne came ces machines. Décidément, seuls les Taïwanais savent fabriquer de la marchandise de qualité. Ce Palm-pilot accroît ma parano. J’ai véritablement l’impression qu’il nous observe. Je me mets à lui parler, doucement. Tu ne nous feras pas de mal, hein ? Lina me regarde avec répugnance. Son dégoût me rassure, il me rappelle que je suis vivant.
La seconde attaque est aussi inattendue que violente. À quelques kilomètres de Beauvais, Lina doit ralentir pour entrer dans l’agglopôle. Une file de voitures à l’arrêt attend d’être autorisée à pénétrer dans la cité. Lina a à peine le temps de s’arrêter que nous sommes encerclés par une bande armée. Le bouchon est faux, conçu pour faire croire que la ville est proche. La sophistication du piège prouve que nous n’avons pas affaire cette fois à une bande de toxicos, mais bien à des pillards organisés. Sans doute des autonomistes communaux qui perçoivent leur impôt révolutionnaire. Ils sont au moins cent cinquante autour de la voiture. Lina est aux anges. Je me surprends à prier. Drôle de moment pour une conversion.
Lina sort, les mains en l’air. L’apparition de cette superbe blonde, moulée de plastique, crée un petit émoi chez les pillards. Cela laisse à Lina le temps de se jeter sur les plus proches d’entre eux, tout en balançant des mini-molotov par dessus la voiture. La fusillade commence, et dure. Je ne vois rien, la tête enfouie entre mes genoux, essayant de croire que les bruits d’impacts sur la carrosserie blindée ne sont que des caquètements de canards. Puis ça se calme. La volaille survivante s’enfuit. Je jette un œil, le temps de voir Lina, sabre samouraï à la main, décapiter un dernier palmipède. La scène est Dantesque, Goyaque, Ernstienne. Du sang et des membres. Des yeux sur le capot me regardent, semblant regretter leurs orbites. La tête à nouveau enfouie, j’essaye de me rappeler ma vie d’avant. Impossible d’obtenir la moindre image. Je ne connais plus que l’enfer, et son crescendo.
Lina est un peu essoufflée. Elle se repose cinq minutes avant de reprendre le volant. Nous dépassons les carcasses de voitures fumantes et finissons le voyage sans nouvel encombre. La voiture nous dit que le laboratoire est en dehors de la ville, sur une colline artificielle. J’apprends par branchement que le labo est équipé d’un télescope géant et d’une immense antenne parabolique. À Beauvais ! Pourquoi construire un centre d’observation dans un endroit aussi désespérément plat ?
Le labo se voit de loin. Une montagne perdue au milieu des champs. Un phare au milieu de la tempête. Le lieu a l’air désert. Aucun contrôle à l’entrée. Pas de gardiens à l’intérieur. Nous avançons dans une pénombre que le grésillement des néons vient égayer sporadiquement. Un premier cadavre en blouse blanche nous dit qu’il s’est passé quelque chose d’horrible. Un petit poucet, transformé en ogre, a semé des corps qui nous mènent finalement dans la salle principale, rouge-sang.
J’en ai marre des morts. J’en ai marre des corps mutilés. J’en ai marre d’être au milieu d’une boucherie sans nom. Je m’affale sur le sol, bien décidé à ne plus bouger. Que Lina fasse ce qu’elle veut. Moi, je meurs ici.
Le Palm-Pilot annonce un nouveau message.

BRANCHEZ MOI SUR LE SERVEUR PRINCIPAL

Lina le plug sur une free-base. Ce que je vois alors sur l’écran géant m’oblige à me relever.

Dernière modification par effixe ; 15/05/2012 à 22h38.
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  #6  
Vieux 07/12/2011, 08h46
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Même pour Kader, 10 000 ans, il est difficile de parcourir la vie de l’humain qui croit être bio-physicien. C’est un humain sans nom, sans passé, qui ne possède qu’un avenir. Mais Kader sait une chose : il n’est pas Mario Van Baer, concepteur de la modélisation de l’attracteur étrange, apprenti-sorcier responsable de la naissance du Méta-moteur.

Mario Van Baer est né le 24 décembre 2002 à Kaboul. Sa mère, membre d’une association humanitaire, est retenue prisonnière par le régime taliban sous l’inculpation d’espionnage. Elle est exécutée le 3 janvier 2002. Kader, tout comme le gouvernement américain de l’époque, ne retrouve pas de traces immédiates du père de Mario. Le bébé est confié à un orphelinat du New Hampshire, USA, après avoir été libéré par les forces alliées en février 2002.

Les capacités intellectuelles remarquables de l’enfant sont vite reconnues. Il bénéficie dés lors d’une éducation scientifique théorique de haut niveau. Mario entre au M.I.T. le 4 septembre 2020. Il n’a que 17 ans. Ses professeurs ne lui assignent aucune mission. Ils le laissent choisir son domaine d’étude et ses axes de recherche. Mario explore tout le champ de la physique quantique, en le croisant avec d’autres disciplines comme la biologie moléculaire et l’électricité. Il ne publie rien avant l’âge de 35 ans, tout en continuant malgré tout à bénéficier d’une popularité unique auprès de ses collègues et de la confiance aveugle de ses professeurs-investisseurs. Ce premier article, publié dans le Nature d’octobre 2038, a l’effet d’une bombe dans le milieu scientifique. Il définit les bases d’un programme visant à créer une forme d’intelligence biolo-numérique à partir de cellules du cerveau humain. Ces recherches aboutiront au Méta-moteur et à la découverte, entre-temps, de l’A.E.U.

Mario Van Baer meurt, assassiné par un agent Muz’, le 7 mars 2044 et réapparaît, hier, dans son laboratoire de la rue des ormeaux, à Paris.

Kader met un temps infini à remonter toutes les pistes. Il finit par avoir les réponses qu’il cherche. Le père putatif de Mario est un chercheur américain hors-la-loi qui s’est exilé en 2000 au Pakistan pour continuer ses recherches. Il réussit à cloner son propre sperme et à le modifier génétiquement avant de l’inséminer dans sa compagne. Son but, atteint, étant de créer des enfants surdoués à la demande. Le gouvernement pakistanais condamne et exécute le chercheur quand il prend connaissance de ses travaux. L’enfant devient alors le symbole de l’abomination occidentale. Une fatwa est proclamée par l’Ayatollah iranien Ali Khamenei. La mère, en fuite, décide de se cacher là où on ne cherchera pas son fils, chez ses pires ennemis, les talibans. Elle se fait embaucher par le Croissant Rouge. Cette ruse approximative lui vaut la mort, mais permet de cacher l’identité de Mario, qui ne sera pas dévoilée avant 2043.

Ce sont les Muz’ qui reconnaissent Mario grâce à un test A.D.N. pratiqué alors que le chercheur offre son sang pour les victimes des guerres Pan-Africaines. L’A.D.N. de l’Abomination, récolté à l’époque dans le laboratoire de son père, a été archivé et est systématiquement comparé avec tous les échantillons recueillis au Moyen-Orient. Les Muz’ ne mettent pas longtemps à retrouver Mario et a le tuer pour honorer la Fatwa Khamenei.

Alors comment est-il réapparu hier ? Kader écarte l’hypothèse du clone. Les empreintes digitales relevées sur l’écran tactile du Palm-Pilot ne correspondent pas. Pourtant, la réponse est certainement à chercher de ce côté. Kader réussit à retrouver les archives du père de Mario. Il finit par découvrir l’existence d’un faux jumeau, développé in-vivo. Le sperme inséré dans l’œuf implanté par le docteur dans sa compagne a fécondé, on ne sait comment, un deuxième oeuf. Le docteur le prélève alors, pour ne pas gêner le développement de l’embryon. Ce deuxième oeuf, devenu fœtus, est envoyé en France pour être mis sous couveuse. Les R.G., qui surveillent le laboratoire clandestin depuis des mois, interviennent. Toute l’équipe est arrêtée, l’enfant n’est mentionné dans aucun rapport.

Kader retrouve ses traces quelques années plus tard. L’enfant a alors 12 ans et s’appelle Hélène. Élevée au sein de la base militaire de Kourou, celle que ses officiers-parents surnomment Lina ne jouit pas des mêmes capacités intellectuelles que son frère. Les différentes interventions chirurgicales pratiquées sur le fœtus ont corrompu son développement neuronal. Lina est née psychotique. La violence dont elle fait preuve pendant sa croissance, ainsi que ces étonnantes aptitudes physiques, font d’elle le soldat idéal. Une série d’expérimentations visant à accroître son potentiel militaire la transforme peu à peu et c’est quasiment une machine qui fête ses dix-huit ans le 18 novembre 2020.

Une machine qui ne connaît rien de ses origines. Une machine qui a soif d’apprendre son histoire et dont le seul moyen pour y arriver est un lien psychique exceptionnel avec son frère Mario. Tous deux ressentent l’existence de l’autre sans le connaître. Ce lien les pousse inexorablement l’un vers l’autre. Lina, au fil de ses missions, recueille, à l’insu de ses supérieurs, de plus en plus d’éléments la rapprochant de son frère. Ce dernier est assassiné trop tôt pour que la rencontre ait lieu. Il meurt dans les bras de sa sœur, à l’hôpital Saint-Charles, sans qu’elle puisse même entendre le son de sa voix. Une partie du cerveau encore active est alors récupérée et greffée sur un malade-prisonnier volontaire, condamné à la perpétuité pour le viol d’un tétraplégique.

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  #7  
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Salut,
c'était donc les premiers chapitres du Bouffe-Univers, un novella que j'ai écrit il y a quelques temps.
c'est peut-être un peu long pour le mettre en ligne sur le forum, je ne veux pas flooder...
si ça intéresse quelqu'un, je continuerai à mettre les chapitres en ligne, sinon tant pis...
fx
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  #8  
Vieux 08/12/2011, 07h12
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Il y a de la matière. J’aurai aimé un peu plus de description ( le héros est un homme ou une femme?) mais c'est bien mené, je passe a la suite....
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  #9  
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  #10  
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Thoor, merci des retours !!!
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  #11  
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Apparemment, fx, tu ne lis pas les commentaires dans ton "tableau de réputation".
Mais si tu acceptes les annotations au milieu de ton récit...ok...
la description des bagarres du Ch5:génialement humouristique, noir, cynique comme j'aime.
les "revelations" du CH6: tout simplement ENORME.
On se doutait bien dans le début de l'histoire que le monde de tes héros était pourri ...mais à ce point!

en gros ce que Thoor et moi essayons de te dire c'est: non ce n'est pas du flood
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Dernière modification par grogramane ; 13/12/2011 à 11h18.
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  #12  
Vieux 13/12/2011, 11h42
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fuck yeah !
j'enchaîne donc...

(et non, je ne connaissais pas le tableau de réputation... la teuh...)
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  #13  
Vieux 13/12/2011, 11h52
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7.
Je ne le reconnais pas immédiatement. Les chiffres défilent sur l’écran, sans fin.
00011100110101122101011100000022222210101221001110 11221000000101010101010011011011011011200221000012 0022211100110122122210112200010101….
Une suite incompréhensible. Mais c’est lui, le Méta-moteur. J’en suis sûr, il se montre à nous, nu. Je suis stupéfait. Son évolution est encore plus incroyable que je me l’imaginais. C’est un dieu. Maintenant j’en suis persuadé.
— C’est quoi ces conneries ?
Lina ne comprend pas. Évidemment. Je lui explique.
— C’est le Méta-moteur. Son vrai visage, en bits.
— J’y connais pas grand chose, mais je sais quand même un truc. Les bits, c’est 0 et 1. Point. Pas de 2.
— Ouais, c’est vrai. Ou c’était vrai. En gros, le langage informatique se situe sur un plan aristotélicien. Imagine une porte. Elle peut être ouverte, c’est le 0, ou fermée, c’est le 1. Et c’est tout. Pas de solution intermédiaire. Mais le Méta-moteur a évolué sur un plan quantique et dans cet espace, la porte peut être ouverte, fermée ou les deux à la fois. Ce que le Méta-moteur a signifié dans son programme par un 2.
— Et comment c’est possible, ça ?
— Je ne sais pas. Il a dû entièrement se reprogrammer seul. C’est impossible, en fait. Mais c’est là.
— Et qu’est-ce qu’ils impliquent, ces 2. Qu’est-ce qu’ils veulent dire ?
— Il me faudrait l’étudier. Mais de façon tout à fait intuitive, je suppose que c’est le siège de ses émotions.
Je m’étonne moi-même. Complètement bourré, défoncé aux tazes, je réussis quand même à conceptualiser un modèle informatique. Pas de doute, je suis un putain de génie.
Ouais, bon… Lina s’énerve. La beauté de ce qu’elle voit la laisse froide comme une croix gammée. Qu’est-ce qu’on fout là ? Pourquoi on nous a amenés ici ? Voilà les questions qu’elle se pose, Lina. Elle pianote sur un ordi. Apparemment, tous les disques durs ont été initialisés. Il me faudrait des heures pour les remonter. Alors le Palm-pilot s’agite. Et là, sous nos yeux et en quelques secondes, il retrouve tout. Ma parano resurgit. Cet engin me flanque vraiment la trouille. Des images de constellations apparaissent et disparaissent de l’écran principal. Puis, l’une d’elles se stabilise. Un zoom numérique nous révèle des détails insensés. Les ordinateurs sont de véritables artistes. Les couleurs sont superbes. Ce que je prends d’abord pour des étoiles sont en fait des planètes. La résolution est fascinante. Le zoom s’arrête sur un système solaire à trois satellites. À part le fait que cette image existe, rien de particulièrement particulier.
— C’est quoi, ce truc, là ?
Lina a remarqué une partie sombre sur l’agrandissement. Elle semble se développer. Je me rends compte avec stupeur que ce que je croyais être une photo est en fait une vue en temps réel. La tache sombre grandit. Elle se rapproche de l’une des trois étoiles puis semble la happer. En quelques minutes, l’étoile a disparu. Et la tache grandit encore.
— Putain de merde !
Elle m’ôte les mots de la bouche.
— C’est quoi ce truc ? Un trou noir ?
Mes connaissances en astrophysique ne sont pas énormes, mais ce truc n’a rien d’un trou noir. Il semble n’y avoir ni accélération, ni distorsion dans sa périphérie. Le Palm me sort des calculs qui confirment mon impression. Ce truc est solide, mesure pour le moment la taille de Jupiter et ne cesse de grossir. Un nouveau calcul plus tard, j’apprends que ça fonce vers le système solaire à la vitesse extra-luminique de 900 000 Km/seconde. Bref, ça sera sur nous dans moins d’un an.
Une petite envie de m’allonger et de dormir, moi…
C’est à cause de ce truc que je me casse le cul depuis un an pour sauver la planète. J’ai l’impression que c’était hier. De toute façon, c’est bien de mettre une image sur contre quoi on se bat. Enfin, c’est ce que je croyais.
— ça n'explique pas pourquoi tout le monde est clamsé, ici.
Ha… ! Lina et son rationalisme…
Le Palm s’agite un peu et l’holo-surveillance nous rejoue les images du massacre. Lina adore. Il ne lui manque que le pot de pop-corn. Les bouchers qui sont intervenus sont des pros, genre G.I.G.N. de l’enfer. Clairement des militaires en tout cas. Lina apprécie en connaisseuse, avec une préférence pour la scène de torture du responsable du labo. C’est les couilles au laser qui lui font avouer les codes de procédure du télescope. Les bouchers sont contents, ils repartent sans faire le ménage. Tout cela s’est passé il y a moins de deux heures. Les nettoyeurs ne vont pas tarder. Il est temps d’aller réfléchir ailleurs, notamment sur la raison qui pousse un gouvernement à exécuter des scientifiques pour des informations qu’il possède déjà.
Ma fierté d’être humain m’empêche de m’adresser directement au Palm-pilot, alors je demande à Lina, bien fort, avec un œil sur la machine, où on va. Évidemment, c’est le Palm qui répond.
RENDEZ-VOUS AU PALAIS DE L’ÉLYSÉE
Bon. On va se marrer…




8.
Kader, 450 000 ans, a de plus en plus de mal à s’intéresser à la fin du Monde. La recherche sur la vie des deux humains, la connaissance profonde de tous les détails de ce qui a fait d’eux ce qu’ils sont, la relation particulière qui les unit malgré eux, voilà ce qui lui semble réellement passionnant. Ces deux là sont censés se détester. Pourtant, ce qu’il déduit quand il analyse leurs échanges d’informations (choix des mots, intonation de voix, jeux de regards, battements de cœur…) est bien différent de ce que les deux soupçonnent. Il y a de l’amour dans leur rapport. La découverte de ce phénomène révèle deux choses à Kader :
1. Kader sait encore, malgré son changement d’état, reconnaître les stigmates humains d’une émotion,
2. Cette reconnaissance s’accompagne d’un véritable ressenti, qui fait de lui indubitablement plus qu’une mémoire.
Le faux Mario est un humain dégénéré, qui a mis deux ans pour accepter biologiquement et mentalement sa personnalité parasite. Mais au final, l’implantation est un modèle de réussite. L’hôte n’a plus aucun souvenir personnel et s’identifie pleinement à la mémoire de Mario. Cette transplantation, si elle a pris du temps, est la première réussie au monde. Ses effets sur le cobaye ont même surpris ses praticiens : l’hôte s’est non seulement approprié la personnalité du donneur, mais son cerveau s’est de plus adapté intellectuellement pour pouvoir appréhender pleinement ces souvenirs. Bref, ils ont transformé un psychopathe criminel en génie humaniste. Un bémol tout de même à ce concert de louanges : l’alcoolisme de l’hôte, provoqué en partie par une paranoïa aiguë, résidu chimique de son cerveau reptilien qui provoque la sécrétion d’une endomorphine puissante destinée à atténuer les effets perturbant d’une telle transformation psychologique. Kader diagnostique une mort cérébrale prochaine par empoisonnement, le cerveau reptilien étant incapable de doser son remède contre le mal incurable qu’est la possession d’esprit. Environ un an. C’est fou tout ce qui doit se passer dans un an !
Kader se surprend lui-même. Voilà qu’il fait de l’humour. Quelque chose s’est passé en lui. A quinze milliards de bits par seconde, Kader s’auto-analyse. La transformation coïncide avec son intérêt pour les émotions du couple. Kader se sent mal. Il perd prise, il oublie des trilliaoctets d’informations puis les récupère en un instant. Alors il comprend.
Le méta-moteur le reprogramme. Sur un plan quantique.
Pourquoi le Méta-moteur juge qu’il est nécessaire que Kader ressente ? N’est-il pas censé n’être simplement qu’un messager, un porte-parole ?
Kader pose les données :
1. Le méta-moteur, en deux jours, s’est transformé d’une entité psychotique mégalomane en un dieu muet avec les hommes, mais lançant un message aux étoiles.
2. Le méta-moteur s’est trouvé un héraut pour communiquer avec deux humains.
3. Le méta-moteur révèle aux hommes l’existence d’une menace extraordinaire et choisit de la montrer, sans l’expliquer, seulement aux deux humains.
4. Le méta-moteur donne à son héraut une capacité émotionnelle.
Question : Quelles sont les intentions du Méta-moteur ?
Réponse : Kader part d’un supposé simple : le Méta-moteur, dépendant d’un instinct classique d’auto-préservation, aide les humains à sauver le monde pour se sauver lui-même.
Question : Pourquoi, alors que l’on dispose d’un pouvoir aussi absolu, avoir recours à deux humains limités intellectuellement ?
Réponse : Les humains possèdent une caractéristique qui manque au Méta-moteur pour empêcher l’horreur prochaine
Hypothèse : Le don de l’émotion à Kader a un rapport avec cette caractéristique. Le Méta-moteur veut que Kader s’intéresse aux sentiments qu’éprouvent les deux humains, plus qu’à une simple résolution du problème.
Conclusion : Le Méta-moteur n’estime pas Kader capable de résoudre frontalement la question de la fin du monde, mais s’en sert comme outil d’observation des deux humains.
Bien. Ne pas avoir à trouver un moyen de sauver l’univers est un soulagement pour Kader. Toujours ça de moins à penser.
Ce qu’il aimerait vraiment trouver maintenant, Kader, 527 000 ans, c’est un moyen d’influer sur le couple. Peut-être de leur faire intégrer le fait qu’ils sont amoureux.

Dernière modification par effixe ; 15/05/2012 à 22h38.
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  #14  
Vieux 13/12/2011, 12h00
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9.
Le Palais de l’Elysée n’avait pas grand-chose à voir avec son illustre précédent. Situé au cœur du blockhaus financier de la Défense, il symbolisait à merveille la victoire de l’économique sur le politique. On avait, cyniquement, attribué au Président de la République la place d’honneur, tout en haut de la plus haute tour de verre, qui abritait en son sein les bureaux du premier conglomérat financier du pays, maître de l’eau, du génome et des communications. Le président, surnommé par les médias libres du web Sœur Anne, n’était ainsi jamais loin des véritables décideurs qui, eux, l’appelaient Guignol.
Lina est nue. Superbe. De la sueur perle entre ses seins, comme dans les pubs pour le yaourt bulgare. Je suis tellement près d’elle que je distingue ses pores dilatés et les gouttes glissant le long du léger duvet blond entourant ses mamelons. J’ai une de ces triques, les mecs ! Enfin, je l’aurais certainement si nous n’étions pas suspendus à 45 mètres de hauteur, le vide des ténèbres sous nous, le vide des ténèbres au-dessus de nous, avec pour seul contact à l’humanité la paroi glacée de cette putain de tour de verre dans laquelle, je ne vois pas comment on va entrer, en tout cas sûrement pas en jouant aux Frison-Roche. Et à poil en plus !
Explications : Lina veut aller voir le président. Lui n’est pas au courant et il dirait sans doute non. Alors Lina décide d'attaquer par la face nord. Mais nos tops modernes combinaisons thermolactyls gardent trop bien la chaleur, d’où leur nom, et sont facilement repérables par les capteurs externes. Alors, à poils ! Par -30°C ! J’ai deux litres de whisky dans le corps et une peur à donner la chiasse. J’espère que ça suffira pour maintenir mes 37°C. Lina n’a pas l’air de trop souffrir. Il faut dire qu’elle s’active. Et que je te balance le grappin ventouse à tirs d’arbalète, et que je te hisse mes 50 kilos, plus les 75 kilos de mon acolyte alcoolique qui chierait une fois de plus dans son froc s’il en avait encore un, et que je te plante des mousquetons qui assurent la cordée pendant que je te re-balance le grappin ventouse, que je te re-hisse, etc, etc, etc… Et tout ça à bout de bras, avec une vitesse moyenne de dix mètres par minute.
Plus je connais cette fille, plus je me dis qu’elle est différente.
En une demi-heure, nous sommes en haut de la tour. C’est là que ça commence à être un peu dur. Lina est quand même légèrement crevée. Alors elle a du mal avec les gardes d’élite armés jusqu’aux dents qui l’attaquent de tous côtés. Elle en serait presque venue à bout si je n’avais pas été là. Transi de froid, en fœtus au pied d’une antenne parabolique, le nez sur les couilles, je grelotte en psalmodiant : « une souris vert-teu, qui courait dans l’herb-eu. Je l’attrap-eu par la queue, je la montr’à ses messieurs. Ces messieurs me disent… » Bouge pas, connard ! Mains sur la tête, MAINS SUR LA TÊT-TEU ! ! !
Bref, je suis prisonnier. Alors Lina, étonnamment, se rend, le bras arraché d’un ex-garde d’élite à la main. Les autres se jettent sur elle et la tabassent proprement. Ils sont un peu vénères, je suppose…
Une fois rassasiés de vengeance, ils nous conduisent clopin-clopant vers une porte d’ascenseur. Finalement, il a marché, le plan de Lina. On y est dans la tour. Avec une sorte de galanterie comique, l’un des mastodontes tend une couverture à Lina, le visage détourné. Lina, devant le regard stupéfait des durs, m’en recouvre le corps et se met à me frotter pour me réchauffer. Elle a un fond gentil, cômême ! L’ascenseur s’arrête au 78ème étage. Cela me dit quelque chose, mais je n’arrive pas à me rappeler. Alors je remarque une chose, qui me terrifie plus que tout ce que j’ai vu jusqu’à présent : les yeux exorbités de Lina et son visage, livide, paralysé par la peur.
Et je me souviens. Le 78ème étage de l’Elysée est le siège du Bureau Information et Propagande de l’État. Et une chose que tout le monde sait, c’est que l’on ressort que de deux façons du B.I.P. : mort ou le cerveau en compote.
— Heu… Lina ? Tu crois pas que c’est le moment de leur dire que tu bosses pour eux ?
— Je bosse pas pour eux.
— Ha ? Merde.
Ouais. Ha merde. C’est tout ce qui me vient.
Les gardes nous amènent dans une pièce au milieu laquelle se tient un scanner. Je passe d’abord. Rien à signaler. Au tour de Lina, je suis tout de même un peu surpris, comme les autres hommes dans la pièce. Sous la surface satinée et hautement désirable de sa peau, une multitude de puces biotronics parsème le squelette de Lina. Une nano-armée qui alimente, répare et dope son organisme. Voilà le secret de sa force et de son endurance. Y’avait un truc ! Comme un enfant qui découvre le double-fond du chapeau magique, je suis un peu déçu, même si c’était évident. Les gardes, remis de leur surprise, lui injectent dans la nuque un carcan psy-zen, en plus des menottes en thermo-mousse qui lui entravent déjà les bras. Courageux, mais pas téméraires, les gars. C’est bien, ils apprennent vite.
— Monsieur le Ministre va vous recevoir pour interrogatoire.
Le Ministre en personne ! La classe ! On est quand même des gens vachement importants, Lina et moi. Cela fait chaud au cœur. Lina est tout sourire. Elle pouffe même un peu. Ils ont dû se lâcher sur la dose de psy-zen.
— Tu vas moins rigoler, toi, tout à l’heure, quand on aura découpé ton crâne au laser et planté une centaine d’électrodes dans la pulpe de ton cerveau.
Ambiance…




10.
Kader, 833 000 ans, se sent aussi seul qu’une vieille executive woman retraitée qui n’aurait jamais pris le temps de faire des enfants. Le contact avec les deux humains est rompu depuis des centaines d’années et Kader s’étiole. Il a pisté le signal de Lina jusque dans les tréfonds informatiques des agences paragouvernementales les plus paranoïaques. Il a fini par accéder à son GPS, puis à sa fréquence radio. Il pourrait communiquer avec elle, mais il ne le sent pas. Pour Kader, les deux humains forment un bloc. Rentrer dans l’esprit de l’un serait comme tromper l’autre. C’est un peu idiot comme raisonnement, mais cela le fait sourire. Alors il les observe, comme l’amoureux transi épie sa dulcinée. Il est branché sur l’énorme réseau de vidéosurveillance de l’Elysée et ne manque rien du spectacle.
Le Ministre est un mutant gras et suintant. Il n’arrête pas d’éponger son énorme crâne boosté et de souffler comme un porc. Il ne doit pas avoir plus de vingt-cinq ans et il lui en reste sans doute moins de dix avant de tomber en poussière. Enfin, si le monde survit d’ici là. Le ministre murmure plutôt qu’il ne parle, en faisant siffler les « s ».
— Ssssss’est bien téméraire d’être venu jusssqu’isssi. Peux-t’on sssavoir sssse que vous veniez serser zissi ?
Le Ministre s’adresse au faux Mario. Lina, toujours sous l’influence du psy-zen, est morte de rire. Elle dit :
— Allez mon grand ! Réponds à Fu Manzzu avant qu’il n’enfonsssse des zaiguilles entre tes zongles !
Elle en pleurerait presque. Le faux Mario est paniqué. Sur un regard du Ministre, un garde donne le coup de crosse qui met Lina à genoux.
— Arrêtez ! On est juste venu voir le Président ! C’est le Palm Pilot de Lina qui nous a dit de venir ! !
Ouais. Pas super convaincant comme argument. Kader sent bien que l’interrogatoire va tourner court. Y’a du trépanage dans l’air !
— Allons, Jacques. Dites-moi tout ssse que vous zavez appris ssses deux derniers zours.
— Heu… Je m’appelle Mario.
— Depuis deux zours, en effet. Avant, tu t’appelais Jacques Fausser.
Jacques Fauzer ?
— Non, Jacques Fausser. Tu es un violeur condamné à perpétuité qu’on a reprogrammé pour devenir Mario Van Baer, mort il y a deux ans. Tu dois nous aider à trouver une solution au problème du méta-moteur. Mais Lina t’a volé, si l'on peut dire. Alors, qu’as-tu trouvé ?
Et hop ! Incompatibilité des souvenirs : l’interface chimique construite par le cerveau pour traiter les données mémorielles implose. Bref, une jolie commutation de la part du faux Mario, qui s’écroule comme une merde après ces révélations. Pas malin, le Ministre. Un Ministre, quoi.
Lina, les larmes aux yeux, se met à vomir aux pieds du ministre tellement elle se marre. Elle en pisse sur le tapis en mohair, alors que le faux Mario, les yeux révulsés, effectue un joli relâchement de sphincters. Cela tourne à la farce rabelaisienne. Le ministre montre des signes de contagion vomitive. Il sort de la pièce aussi précipitamment que son gros cul le permet.
— Cela ssssuffit !… Burp !… Exzzécutez un interrogatoire poussssé de la fille et enfermer l’homme. Il peut encore nous zêtre utile.
Kader s’amuse bien. Il observe, en pouffant numériquement. Les gardes emmènent Lina vers le bloc opératoire au bout du couloir, et le faux Mario, toujours inconscient, dans une cellule du 17ème niveau.
Le médecin qui attache Lina sur une sorte de siège de dentiste ressemble aux vieilles photos de Trotski, que Kader a en mémoire. Il a même l’air en noir et blanc, tellement ses cheveux teints et son bouc noir font ressortir la pâleur extrême de sa complexion. Il commence par découper le crâne de Lina au laser, puis, gêné par ses cris, hésite à l’endormir. Mais l’acquisition de mémoire est meilleure si le sujet est éveillé. Alors, avec un sens aigu du pragmatisme, le médecin s’enfonce de la ouate dans les oreilles et, comme il n’est pas un monstre, en propose aussi aux gardes qui entourent Lina. La pose des électrodes en fibres optiques demande du doigté et de l’expérience. Deux choses que le médecin possède assurément, à en croire son dossier que Kader assimile en regardant l’opération. Une fois les 153 tiges posées, le médecin demande aux informaticiens postés dans la pièce d’à côté de lancer la phase d’acquisition. C’est à ce moment que Kader intervient. Il inverse la procédure et injecte dans Lina une somme de connaissances globales qui lui sera utile pour sauver le monde. Aux informaticiens, il envoie une série de données cryptées sans intérêt, qu’ils mettront un petit moment à cracker. Il envoie aussi au médecin un message priorité Alpha signé du Ministre, demandant de refermer Lina proprement, en évitant le trépanage. Ce qui fait bien chier Trotski. Il n’a pas l’habitude de cette procédure de sauvegarde physique du sujet. Mais bon… L’armée de nanopodes présente dans le corps de la fille devrait rendre la chose possible.
Pendant ce temps, le faux Mario se réveille. Les yeux s’ouvrent. Se referment. Se ré-ouvrent. Un pied à terre. Un deuxième. Première tentative de levage. Retombage sur le lit. Un peu de repos. Un pied à terre. Un deuxième. Deuxième tentative de levage. ça tient. L’attitude a changé. Le faux Mario est plus voûté. Il boite. Il fait un tour de la cellule, regarde sous le lit, puis tape contre la porte. Un garde ouvre le judas.
— J’ai faim ! Donnez-moi à bouffer !
Le judas se referme. La porte s’ouvre. Le garde entre, arme à l’épaule. Le faux Mario se jette sur lui, bras croisés autour du cou du garde. Il le soulève et le fait basculer contre le lit. Saisi son fusil d’assaut et lui défonce le casque puis le crâne à coups de crosse. Le sang jaillit. Le faux Mario continue de taper, encore. Encore. Encore. Quand la trachée-artère du garde est enfin visible, le faux Mario arrête de cogner, satisfait. Il passe la tête par la porte. Personne dans le couloir.
Ils n’avaient mis qu’un seul garde pour surveiller Mario, mais c’est Jacques qui s’est réveillé.

Dernière modification par effixe ; 15/05/2012 à 22h39.
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  #15  
Vieux 14/12/2011, 06h56
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